- C'était la première fois, AniCandide ? C'était comment ?

- C'était plein !

fosse

- Pour commencer, alors que chacun s'installait pour lire le petit programme reçu en échange du talon de son billet, j'ai entendu grincer. Visiblement toute une série de gens en noir était tombée dans un fossé, juste devant la scène et ils avaient du mal à s'accorder sur la conduite à tenir. Il y en avait un petit nerveux, quasiment monté sur ressort. Il s'agitait, il s'agitait ... Peut-être un danseur refoulé. Pendant tout le spectacle ses mains ont décrit de belles arabesques et de nombreuses fois, il a tenté de s'envoler.

- Et alors ?

- Il n'a pas réussi.

- Bon. Et le décor ?

- Les quatre cabines transparentes montées sur roulettes et éclairées au néon, c'est cela qu'on appelle décor ? Et la file de chaises ? Et les deux grands bancs semi-circulaires ? Visiblement, la place de ces objets posait un problème, car on les déplaçait sans arrêt. Peut-être une mésentente dans l'équipe d'organisation ?  Et pareil pour les bancs, parfois c'était pour s'asseoir et parfois pour grimper dessus, voire se coucher dessous. Mais grimper dessus n'était pas une vraiment bonne idée. Je ne sais si c'est ainsi que la soprano Emanuelle de Negri s'est cassé la jambe à Angoulême et elle a joué trois actes avec la jambe cassée. 

- Oh ...

- Mais elle n'a pas voulu remettre cela. A Alès, quelqu'un d'autre a pris sa place.

- Et combien de temps a duré le spectacle ?

- Là je dois reconnaître qu'il y a eu un vrai problème. L'opéra a pris trois heures, sans parler de l'entracte, alors qu'ils auraient pu boucler le tout en 20 minutes. Je crois que les acteurs étaient tous bègues. Ils étaient obligés de s'exprimer en chantant. Et ils répétaient leurs phrases deux, trois, quatre, cinq fois ... Cela a tellement énervé le traducteur que parfois il n'affichait même plus le texte français. Bon, s'ils se répétaient, il faut reconnaitre tout de même qu'ils y metttaient beaucoup de rythme pour rattrapper un peu du temps perdu.

- Et l'entracte, alors ?

bar

- L'entracte ? Tu avais le choix entre faire la queue au bar ou au pipiroom.

- Toi, AniCandide, qu'as-tu choisi ?

- Je suis sortie rapido de la salle, dans les premières, cap sur le bar. J'ai eu le temps de déguster mon petit verre de blanc. Et ensuite, je suis allée au toilettes pour hommes. Et j'ai eu le temps d'envoyer un SMS à M. pour qu'il se tienne prêt à aller garer la voiture peu après minuit et qu'en attendant il nourrisse le chat. Tout Nickel.

- D'accord, d'accord, mais et l'histoire alors ?

- "Je suis ta mère et tu ne le savais pas, je suis ton père et tu ne le savais pas, je suis ta femme et tu ne le savais pas, je suis ta fiancée et tu ne le savais pas", ça finit par un mariage.

- Une fin heureuse donc ?

- Oh oui, d'autant que finalement les êtres en noir ont réussi à s'extraire du fossé. Ces idiots n'avaient pas vu la sortie balisée, même pas le petit nerveux. Ils se sont tous dirigés vers la scène pour se joindre à la noce, mais trop tard, c'était fini. La plupart avait emmené qui son violon, qui sa flûte, les autres tentaient en vain de cacher leurs mains vides. Et l'un des acteurs avait trouvé un ours en peluche pour le salut final, mais l'ours n'était pas dans le listing.

- Et en conclusion alors ?

- C'était chouette !